M. le vicomte de Maumussy s'appelait de son vrai nom Chingrot, et il eût été bien habile celui qui eût su dire où se trouvait sa vicomté.
C'était un de ces viveurs de troisième ordre qui font cortège aux fils de famille en train de dévorer leur légitime, et qui sans un sou vaillant affichent tous les dehors du luxe, jouent gros jeu et roulent voiture.
L'enlèvement d'une pauvre jeune femme qu'il avait ensuite ruinée, un duel heureux et une nuit de veine au baccarat avaient marqué l'apogée de l'honorable carrière de M. Chingrot de Maumussy.
Depuis, il n'avait fait que déchoir. Il se noyait, selon l'expression consacrée, buvant une gorgée plus amère et coulant plus profondément à chacune de ses tentatives pour remonter à la surface.
Et Dieu sait s'il en avait risqué de ces tentatives, en finances, en industrie, en journalisme et en politique!...
Car il était dévoré d'ambitions, de convoitises et de rancunes, et se croyait apte à tout.
Et, de fait, il ne manquait ni d'intelligence, ni d'esprit, ni de savoir-faire. Causeur facile et agréable, il était rompu à toutes les intrigues et avait cette imperturbable audace de l'homme qui n'a plus rien à perdre.
Accusé d'un bonheur trop constant au jeu, perdu de dettes, traqué par des créanciers qui le menaçaient non plus de Clichy mais de la police correctionnelle, exclu de tous les cercles, exécuté en dernier lieu à la Bourse, où il carottait des différences, M. Chingrot de Maumussy avait fait un plongeon définitif et disparu du boulevard lors des journées de février 1848.
Non moins mouvementée devait avoir été l'existence de son compagnon, M. Victor de Combelaine, dans une sphère inférieure, toutefois.
Et il faut dire: devait, au conditionnel, parce que nul ne savait rien au juste des parents, ni même du pays de cet honorable... gentilhomme.