Et cependant, s'il n'avait pas les incertitudes qui troublaient ses amis politiques, il avait de bien autres raisons de se défier.

Il reconnaissait à ce coup, il l'eût juré, la main traîtresse de Combelaine. Un de ces pressentiments qui montent du fond de l'âme lui criait que c'était à lui seul qu'on en voulait, et que cette lettre cachait un piège.

Que voulait-on? Se débarrasser de lui, sans doute.

Après les confidences de Flora Misri, il devenait trop dangereux pour ne pas troubler le sommeil de Maumussy, de la princesse d'Eljonsen, du baron Verdale et des autres.

Et alors quoi de plus simple que de le faire prendre en flagrant délit de société secrète, que de le faire arrêter, juger et expédier à Cayenne?...

Mais cette connaissance qu'il avait des événements lui imposait des obligations, et il était trop loyal pour s'y soustraire.

Avant que ne fût levée la séance, il avait dit à ses amis politiques tout ce qu'il pouvait dire pour les mettre sur la voie de la vérité, sans livrer des secrets qui n'étaient pas uniquement les siens.

On n'avait pas trop fait attention à ses avertissements. Il n'était dans la Société des Amis de la justice qu'un assez petit personnage, et on le trouvait quelque peu outrecuidant de prétendre que c'était pour lui seul que la police avait été mise en mouvement et qu'on avait fabriqué cette fausse lettre de convocation.

On croyait même si peu qu'il courût un danger quelconque que personne ne lui avait offert de l'accompagner...

Mais il ne songeait pas au danger.