Savaient-ils assez mal leur métier pour l'avoir cru mort?
Car, sans savoir au juste la gravité de sa blessure, il sentait—cela se sent—que sa vie n'était pas en danger. Il entendait d'ailleurs le médecin dire, tout en lui ceignant les reins de bandes de toile:
—Il en reviendra... Avant quinze jours il sera sur pied... On lui a allongé un coup de couteau à traverser un bœuf, mais la lame a glissé sur un os...
Décidément Raymond reprenait possession de soi. Il sentait n'avoir plus à craindre, s'il parlait, de se trahir, de révéler ce qu'il voulait taire à tout prix.
Péniblement, et non sans une vive souffrance, il se dressa sur son séant, balbutiant d'une voix affaiblie des remercîments et interrogeant du regard.
En peu de mots on le mit au courant:
Ce café où il se trouvait était le Café de Périclès, fondé et géré par le plus doux des Prussiens, le sieur Justus Putzenhoffer avec le concours de son épouse et d'un sien cousin surnommé Adonis.
Les assistants étaient des clients: le docteur Valentin Legris d'abord, un brave et digne rentier, M. Rivet, et enfin un journaliste irréconciliable et méridional, M. Aristide Peyrolas.
Ces trois messieurs, insoucieux des règlements de la police, achevaient un wisth, lorsqu'ils avaient entendu un cri de détresse,—un cri très effrayant, après minuit, sur les boulevards extérieurs.
Ils s'étaient précipités dehors. Trop tard... Raymond gisait à terre, et des gens fuyaient dont on entendait, dans le lointain, la course précipitée...