—Donc elle me craint, conclut Raymond, donc mes soupçons étaient fondés. Ah! quand donc me sera-t-il permis de sortir!...
Ce ne devait pas être avant cinq à six jours, encore bien qu'il allât beaucoup mieux, et que les visites de M. Legris fussent celles d'un ami désormais, et non plus d'un médecin.
Il était clair que ce docteur à l'œil si fin avait flairé un mystère, et qu'il eût été ravi de le pénétrer. Mais Raymond ne lui en voulait pas de sa curiosité. Après tant de mois de solitude absolue, il éprouvait un soulagement réel à s'entretenir avec un homme de son âge, d'un esprit évidemment supérieur, d'un rare bon sens pratique, et qui avait de la vie en général, et de la vie de Paris en particulier, cette expérience que donnent certaines professions.
L'heure que M. Legris passait tous les matins près de son lit était pour Raymond la meilleure de sa journée, la seule où il fût un peu distrait de ses sombres préoccupations.
Le reste du temps, il se consumait d'impatience.
Tout le monde cependant avait cru ou paru croire à la maladie qu'il feignait, et Me Roberjot et M. Ducoudray se relayaient, en quelque sorte, pour qu'il ne fût jamais longtemps seul.
Par M. Ducoudray, il savait tous les cancans du boulevard.
Me Roberjot, lui, le tenait au courant des événements politiques et lui rapportait les mille et mille on-dit de l'affaire Pierre Bonaparte.
Mais c'est d'une oreille distraite que Raymond écoutait. Que lui importait le prince Pierre? que lui importait la politique?...
C'est rue de Grenelle, à l'hôtel de Maillefert, que s'envolait sa pensée.