—On ne parle que de cela, cependant, dans tout Paris, et tous les journaux du matin l'annoncent. Philippe est en prison, au secret...

Le docteur tressauta.

—Philippe, répéta-t-il, le duc de Maillefert?...

—Oui. C'est hier soir qu'il a été arrêté, à cinq heures, ici... Nous allions sortir pour dîner avec de ses amis, au café Anglais, quand voilà deux messieurs qui se présentent, demandant à dire deux mots à M. le duc de Maillefert. Eh bien! ils étaient jolis, les deux mots! Naturellement on les fait entrer, et sitôt dans le salon: «Monsieur, disent-ils, au nom de la loi, nous vous arrêtons...»

—C'est inouï, murmurait le docteur.

—Ah! si j'avais été à la place de Philippe, poursuivait Mme Bergam, c'est moi qui leur aurais brûlé la politesse, à ces oiseaux-là!... L'escalier de service n'est pas fait pour les chiens, n'est-ce pas? Mais lui, rien. Il est devenu plus blanc qu'une guenille, et si tremblant, que j'ai cru qu'il allait tomber. Il roulait de gros yeux hébétés, en répétant: «Il y a erreur, je vous donne ma parole d'honneur qu'il y a erreur.» Je t'en moque. Les autres ont déclaré qu'ils savaient bien ce qu'ils faisaient, qu'ils avaient un mandat contre lui, et, en effet, ils le lui ont montré...

—Et il les a suivis...

—Oh! pas tout de suite. Il a commencé par réclamer une voiture. On lui a dit qu'il y avait un fiacre à la porte. Il a demandé à écrire des lettres. On lui a répondu que l'ordre était de ne communiquer avec personne. C'est alors qu'il a dit aux agents: «Eh bien! partons.» Ils sont sortis, mais une fois dans le corridor, Philippe est rentré, et venant à moi, vivement et à l'oreille: «Va-t-en, me dit-il, trouver Verdale et Combelaine, et affirme-leur de ma part que je consens à tout...»

—A tout... quoi?

—Je n'en sais rien.