III

Tout en descendant l'escalier de Mme Bergam:

—Oui, certes, pensait le docteur Legris, cela vaut mieux pour moi!...

Et cependant, ce n'est pas sans une surprise secrète que, s'examinant, il se trouvait l'esprit si parfaitement libre et le cœur si léger. C'était bien fini. Il n'avait été ni ému ni troublé par les regards et la voix de Mme Lucy. Son unique sensation avait été une sorte de honte d'avoir pu l'aimer jusqu'à l'oubli de soi. Car le prisme étant brisé, il la voyait et la jugeait telle qu'elle était réellement, très belle à coup sûr, mais sotte, vulgaire et banale, sans cœur et inconsciemment perverse.

—Voilà donc, se disait-il, ce que deviennent avec le temps ces grandes passions dont on croit ne jamais guérir.

Mais ce n'était ni le lieu ni l'heure de philosopher, et comme il n'aperçut point de voiture aux environs, il se mit en route à pied, se faisant d'avance une fête de la joie de Raymond.

C'est que les résultats étaient immenses, estimait-il, de sa visite à Mme Bergam.

Désormais il lui était prouvé que Laurent seul avait pu s'emparer des papiers de Mme Flora, et il se disait qu'un tel homme possédant de pareilles armes devait être invincible.

Puis, n'était-ce pas un coup de partie, que d'avoir déterminé Mme Misri à rester à Paris!...

D'autant que le docteur n'était nullement embarrassé de tenir la promesse qu'il lui avait faite de lui trouver une retraite inviolable.