Assis l'un près de l'autre, Raymond et le docteur Legris osaient à peine respirer, tant ils étaient pénétrés de la gravité de chacune des paroles qui s'échangeaient entre ces deux anciens camarades.
C'est à peine s'ils songeaient à observer du coin de l'œil M. Lucien Verdale, lequel, pâle et les dents serrées, se tenait debout adossé à la cheminée.
—Nous comptons sur vous... baron, insista Me Roberjot après un moment de silence pénible.
Un spasme de colère, aussitôt maîtrisé, crispa les traits de l'ancien architecte, et d'une voix sourde:
—Et moi, prononça-t-il, je ne puis que vous répéter ce que je viens de vous dire.
—Quoi?
—Que c'est de la démence que de venir demander à un homme de se mêler d'affaires sur lesquelles il ne peut rien, et dont il se soucie, en définitive, comme de l'an quarante.
—En vérité!... fit Me Roberjot, d'un ton de menaçante ironie.
Et M. Verdale s'obstinant à se taire:
—Croyez-moi, poursuivit-il, ne gaspillons pas notre temps en propos oiseux. Une intrigue existe, et vous en êtes le plus actif artisan. Ne niez pas. Qui donc est allé aux Rosiers évaluer les propriétés de Mlle de Maillefert? Qui donc, au retour, a ouvert un crédit énorme à M. de Combelaine, à qui, la veille, il n'eût pas prêté dix louis? Qui donc a poussé le pauvre Philippe sur la pente de l'abîme où il vient de rouler? N'est-ce donc pas vous, monsieur Verdale? Alors, démontrez-moi qu'il n'existe aucune relation entre le mariage de M. de Combelaine et l'arrestation de M. Philippe.