Il apportait une grosse nouvelle, une nouvelle qui, depuis le matin, circulait sur les boulevards et qui s'était confirmée à l'heure de la Bourse. Le directeur de la Caisse rurale, le baron Verdale, avait levé le pied, emportant à ses actionnaires une somme énorme.

Selon les uns, il avait réussi à gagner l'Angleterre; selon les autres, il avait été arrêté à la frontière belge, porteur d'un sac de voyage bourré de valeurs...

—Oui, c'est une grave nouvelle, approuva Raymond, mais qui n'empêchera pas le mariage de M. de Combelaine... C'est demain mardi, et rien n'annonce cet événement décisif sur lequel vous comptiez...

Le docteur garda le silence... Il commençait à se sentir décontenancé... Que faisait donc Cornevin?... Des doutes lui venaient, et il n'osait dire:

—Agissez.

La nuit fut pour Raymond une longue agonie, et le jour était à peine levé, qu'il s'établissait derrière sa persienne, guettant les mouvements de l'hôtel de Maillefert...

Déjà tous les domestiques étaient debout... On retirait les voitures des remises, les palefreniers préparaient les harnais... Le suisse avait la tenue des grands jours.

A neuf heures, des équipages commencèrent à se succéder, d'où descendaient en grande toilette la princesse d'Eljonsen, le docteur Buiron, le duc et la duchesse de Maumussy, puis enfin, sévèrement vêtu de noir, ganté et cravaté de blanc... le comte de Combelaine.

Plus de doute!... le mariage allait avoir lieu.

—Allons, murmura Raymond, que ma destinée s'accomplisse!...