—Assez!... interrompit Cornevin d'un accent d'autorité irrésistible, assez, et puisque vous le voulez, monsieur de Combelaine, je vais dire l'histoire de votre mariage... Vous trouvant à une de ces heures de détresse honteuse si fréquentes dans votre vie, vous avez épousé, pour vous emparer de cent mille francs qu'elle possédait, une malheureuse orpheline... Songiez-vous déjà à vous en défaire? Le fait est que vos plus intimes amis ont toujours ignoré ce mariage, et que personne n'a jamais connu la comtesse de Combelaine... Au bout de six mois, les cent mille francs étaient dévorés et vous étiez liés pour la vie... Mais vous êtes un homme d'expédients et le Code a de prodigieuses lacunes et d'étranges indulgences... En moins d'un an, vous parveniez à corrompre votre femme et à la jeter aux bras d'un amant... Puis, un soir, vous apparaissiez, armé de cet article terrible qui donne au mari outragé le droit de vie et de mort... Vous parliez haut, la loi était pour vous... Pour racheter sa vie, Marie-Sidonie consentit à passer pour morte et à quitter la France, et quelques mois plus tard vous receviez d'Italie un cercueil, qui ne contenait que du sable et un acte de décès, qui est un faux...
Tout s'écroulait autour de Combelaine...
Et cependant, au milieu des décombres de ses espérances, il se débattait toujours.
—Cet homme est un imposteur! s'écria-t-il.
Cornevin riait d'un rire terrible.
—Est-ce des preuves que vous demandez? fit-il. Soyez tranquille, j'en ai, car je connais toute votre vie, depuis le jour ou Mme d'Eljonsen vous a lancé dans le monde. Je sais comment un vol au jeu vous a fait chasser de l'armée; j'étais là quand vous avez assassiné le général Delorge; je prouverai que c'est vous qui êtes coupable du détournement et des faux qu'on attribue à M. Philippe de Maillefert... S'il faut enfin le témoignage de Marie-Sidonie, soyez tranquille, je sais où la trouver...
La bête fauve qui, se voyant forcée, cherche une issue pour fuir, n'a pas de regards plus atroces que ceux du comte de Combelaine pendant que parlait Laurent Cornevin.
Tout à coup:
—Monsieur, dit-il au maire, confondu de stupeur, il faut que je vous parle, seul, à l'instant...
—Suivez-moi donc dans mon cabinet, répondit le magistrat municipal...