—Il est clair, prononça le commissaire, que cette épée n'a pas servi à un combat... Mais je dois ajouter qu'on ne se bat pas toujours avec ses armes... je sais plusieurs exemples...
D'un brusque mouvement, Mme Delorge arrêta court ses citations.
—Soit, fit-elle, j'admets pour un moment que mon mari s'est battu et s'est battu avec l'arme d'un autre; mais alors pourquoi son épée était-elle hors du fourreau?...
Mais le commissaire de police n'était pas d'un naturel à souffrir qu'on discutât ses appréciations.
[Illustration:—Madame, le général a été assassiné!]
—En voici assez, prononça-t-il d'un ton rogue. Je ne pense pas que personne ici ait la prétention de régler ma conduite. Ce qui doit être fait sera fait; la justice ne s'endort jamais, et si un crime a été commis il sera certainement puni...
Tout en parlant, il avait remis au fourreau l'épée du général, et il l'y scellait, faisant fondre sa cire aux cierges qui brûlaient au chevet du mort, à cette fin, déclara-t-il, qu'elle pût au besoin servir de pièce de conviction.
Le docteur, de son côté, avait achevé sa lugubre tâche, et rabattu le drap sur le corps du général.
Ils expédièrent alors rapidement les formules obligées de leur procès-verbal, et, saluant, ils se retirèrent du même pas solennel dont ils étaient venus...
Mille détails lamentables réclamaient alors Mme Delorge: il n'y a que dans les romans que les grandes douleurs ne sont jamais troublées par les soucis vulgaires et les exigences odieuses de la civilisation. La vie réelle présente mille déboires.