On s'assemblait et on battait des mains devant les affiches des divers comités de résistance, affiches ardemment pourchassées par la police cependant, et qui toutes résumaient la même idée en des termes presque identiques:
«La constitution est violée... Louis-Napoléon s'est mis lui-même hors la loi... Aux armes!...»
Parfois, un homme passait, un fusil sur l'épaule, qui criait:
—Venez, citoyens, venez!... On se bat rue de Rambuteau.
Au bruit de ces paroles, M. Ducoudray s'animait peu à peu, comme un vieux cheval au son de ses grelots.
—Décidément, ça marche, pensait-il, ça marche!...
Mais c'était bien autre chose vraiment sur le boulevard.
La foule, de moment en moment, y devenait plus compacte et plus animée. A tous les coins de rue, et jusque sur le milieu de la chaussée, des groupes se formaient. Sur les chaises des cafés, des orateurs improvisés montaient, qui lisaient le décret de déchéance prononcé par l'assemblée du Xe arrondissement, ou l'arrêt de mise en accusation de Louis-Napoléon Bonaparte par la haute cour de justice...
Des escouades de sergents de ville, l'épée à la main, circulaient à travers cette cohue, appuyés par des hommes de mauvaise mine, en bourgeois et armés de casse-tête et de bâtons...
Les mêmes cris les accueillaient partout: