—Mais Cornevin? interrompit Mme Delorge, ce garçon d'écurie de l'Élysée, l'avez-vous vu!...
—Je n'ai rencontré que sa femme, répondit le bonhomme. Et tout de suite il exposa ce qu'il appelait l'affreuse vérité, hésitant, craignant d'effrayer Mme Delorge.
Elle ne sourcilla même pas, et toujours de son accent glacé:
—C'est un grand malheur! prononça-t-elle, mais je m'attendais à quelque chose de ce genre...
Et comme le digne rentier s'empressait d'ajouter que certainement Cornevin ne tarderait pas à reparaître, qu'on ne supprime pas un citoyen...
—Pourquoi, interrompit-elle, essayer de me donner un espoir que vous n'avez pas? Ce pauvre garçon était un témoin trop redoutable pour qu'on ne l'éloignât pas de façon ou d'autre... Plus il était honnête, plus il a dû paraître dangereux... On l'épiait sans doute, et en venant ici il s'est condamné... Les circonstances étaient trop propices pour qu'on n'en profitât pas. Qu'est un homme, je vous le demande, en ces jours de tourmentes politiques? Moins qu'un fétu que le vent balaie...
M. Ducoudray se sentait blêmir...
—...Moins qu'un fétu! pensait-il. Comme elle dit cela! brrr!...
—Ce qui doit nous donner espoir et courage, madame, hasarda-t-il, c'est que ce coup d'État ne réussira pas...
—Il réussira, monsieur...