—Oh! permettez-moi, je viens de traverser Paris, et je me connais assez en révolutions pour être sûr...
—Le coup d'État réussira, vous dis-je. J'ai appris bien des choses depuis que je ne vous ai vu... J'ai parcouru les papiers de mon mari. Ce qui arrive, il le prévoyait depuis longtemps, et c'est pour cela qu'il voulait donner sa démission plutôt que de venir à Paris. Une lettre inachevée que j'ai retrouvée dans son sous-main ne me laisse aucun doute. Malheureusement, j'ignore à qui cette lettre était destinée. «Mon ami, écrivait-il, tenez-vous sur vos gardes; tout est prêt pour le grand coup... Il peut éclater ce soir ou demain; peut-être éclate-t-il pendant que je vous écris. Ne perdez plus une minute. Les stupides divisions des honnêtes gens assurent le succès au premier homme à poigne qui osera s'emparer du pouvoir.»
Immense était la stupeur de M. Ducoudray.
—Et vous croyez à cela, madame? interrogea-t-il.
—Comme à Dieu même!
—Vous croyez que les ennemis du général, ses meurtriers peut-être, sont à la veille d'escalader les plus hautes situations?...
—Je le crois.
—Et vous ne renoncez pas à vos projets de... vengeance?
Pour la première fois, la pauvre femme eut un tressaillement aussitôt réprimé.
—Appelez-vous donc se venger demander justice, monsieur? prononça-t-elle. Un meurtre a été commis, je demande que le meurtrier soit poursuivi et puni. Est-ce trop exiger? Si on me repousse, cependant!... Sera-ce me venger que d'essayer de me faire justice moi-même?