Chose étrange!... la foule ne semblait pas plus émue de ces coups de canon qu'elle ne l'eût été de l'artillerie des petites guerres du cirque Franconi. Pas un curieux ne paraissait songer à quitter la place... Les femmes et les enfants circulaient comme en un jour de grande revue.
[Illustration: Un peloton de sergents de ville arrivait l'épée nue et le casse-tête à la main.]
Et cependant, sur la chaussée, commençaient à passer des civières portées par des infirmiers, précédées de soldats tenant à la main un bâton surmonté de cet écriteau: Service des hôpitaux militaires.
Il était alors deux heures, et on entendait, dans la direction de la Madeleine, des roulements de tambour.
—La troupe! voilà la troupe! annonçaient des gens sur le boulevard.
Personne ne s'en alarmait. Loin de se disperser, les promeneurs se tassaient sur le bord du trottoir, faisant la haie, comme d'habitude sur le passage des promenades militaires...
Cette sécurité dura peu.
Une grande rumeur monta de la foule, et les deux amis distinguèrent une sorte de mêlée à la hauteur de la rue Drouot.
C'est que la troupe balayait la chaussée, et les curieux qu'elle refoulait se jetaient dans les rues transversales ou se précipitaient dans les rares cafés qui n'avaient pas encore fermé leur devanture.
Puis l'émotion se calma, et les troupes continuèrent à défiler, dépassant le faubourg Montmartre et remontant le boulevard Poissonnière.