Mais le soldat semblait exaspéré.
—On a tiré sur nous des fenêtres, interrompit-il brutalement, et il faut que ceux qui ont tiré se retrouvent...
M. Ducoudray ouvrait la bouche pour répliquer, un signe du sous-lieutenant qui présidait à ces perquisitions lui imposa silence.
Cet officier, tout jeune encore, paraissait accablé de douleur.
—C'est une fatalité! dit-il aux deux bourgeois, pendant que les soldats se répandaient dans la maison, c'est une catastrophe inconcevable!... Tout ce qu'il était humainement possible de faire pour arrêter le feu, nous l'avons fait... En vain, hélas!... Nos hommes étaient comme fous, ils ne voulaient rien entendre, ils nous menaçaient nous-mêmes... Obsédés par le souvenir de la guerre des fenêtres des journées de Juin, ils se croyaient environnés d'ennemis invisibles... Toutes les maisons leur semblaient pleines d'ennemis prêts à les fusiller... Quelques-uns avaient bu... Dès le premier coup de feu, ils ont été saisis d'une terreur panique...
Il n'acheva pas.
Des cris et des vociférations retentissant à l'étage supérieur, il s'élança dehors...
M. Ducoudray et son ami se retrouvaient seuls, mais chacun hésitait à communiquer à l'autre ses réflexions, et ils restaient face à face, consternés, silencieux...
Ce fut un locataire de la maison qui, entrant brusquement, les tira de cette morne stupeur.
Il était fort pâle et avait un bras en écharpe.