Vers l'angle de la rue Montmartre, on distinguait quelque chose de blanchâtre... C'était le corps d'un pauvre marchand de coco qui avait eu l'idée bizarre de venir offrir sa marchandise aux troupes du coup d'État. Il avait encore au dos sa fontaine percée de plus de vingt balles.
Çà et là, de larges plaques de sang se voyaient...
Timidement, et avec bien des précautions, quelques boutiques s'entre-bâillaient. Des gens en sortaient, pâles, effarés, qui bondissaient jusqu'à un blessé, le prenaient entre leurs bras, et bien vite rentraient.
Des soldats, par petits groupes de huit ou de douze, allaient de maison en maison... Ils disparaissaient, et on ne tardait pas à les voir reparaître successivement aux croisées de tous les étages.
—Ils font des visites domiciliaires, murmura M. Ducoudray à l'oreille de son ami, ils vont venir ici...
L'instant d'après, en effet, ils entendirent battre de coups de crosse la porte d'entrée, puis des cris impérieux:
—Ouvrez, ou nous enfonçons!...
Ils coururent ouvrir, et des soldats se ruèrent dans l'appartement, furetant partout, ouvrant les portes des cabinets et des armoires, lançant des coups de baïonnette sous les lits.
Il y en eut un qui prit les mains de M. Ducoudray, qui les examina et même les flaira, pour s'assurer qu'elles ne sentaient pas la poudre.
—Oh! monsieur le militaire, balbutiait le digne bourgeois, pouvez-vous supposer...