Un profond silence suivit.

Le visage de la femme du pauvre garçon d'écurie trahissait l'effort énorme de sa réflexion... Évidemment elle cherchait à saisir une relation entre la mort du général et la disparition de Cornevin.

—Alors, fit-elle lentement, mon mari aurait assisté à ce duel?...

—Si toutefois il y a eu duel, ce dont nous doutons fort, reprit M. Ducoudray, oubliant ses prudentes résolutions.

Et appuyant sur chaque mot pour lui bien donner toute sa valeur:

—La scène, poursuivit-il, s'est passée aux lueurs d'une lanterne d'écurie, et c'est Cornevin qui tenait la lanterne... Seul, il sait donc la vérité, et si à ses derniers moments le général a prononcé quelques paroles, c'est lui qui les a recueillies...

Mme Cornevin s'était dressée... ses yeux noirs, si mornes l'instant d'avant, étincelaient.

—Ah! je comprends tout! s'écria-t-elle. Oui, je m'explique maintenant la tristesse de Laurent, ses propos dont s'effrayait Grollet, ses répugnances à continuer son service. Il savait tout, et on a eu peur de son témoignage...

Et d'un ton de menace véritablement effrayant:

—Mais qu'il prenne garde, poursuivit-elle, le brigand qui a commis le crime, qu'il veille bien sur lui! Je ne tiens pas à la vie, moi!...