Lorsqu'une plainte a été déposée au parquet en bonne et due forme, par une personne ayant, selon l'expression de la loi, capacité;
Quand cette plainte a été remise toute rédigée, signée et paraphée à chaque feuillet par le plaignant et par le magistrat qui l'a reçue;
Après qu'un acte de réception en a été délivré, rappelant la date du jour et l'heure du dépôt;
Il est moralement et matériellement impossible qu'il n'y soit pas donné suite, et qu'elle ne provoque pas une enquête.
Or, la plainte de Mme Delorge était bien en règle, et même, sur le conseil de Me Roberjot, elle s'était portée partie civile.
Car décidément le jeune avocat avait épousé la cause de la veuve du général Delorge.
Cette ténébreuse affaire avait mis fin à ses perplexités, et avait été comme le grain de plomb qui fait pencher le plateau d'une balance.
Me Sosthènes Roberjot appartenait désormais à l'opposition.
Aussi est-ce avec le soin le plus extrême, et non sans une habile perfidie, qu'il avait rédigé cette plainte contre cet inconnu que la loi appelle «un quidam», et dont la recherche, précisément, est demandée à la justice.
Toutes les circonstances propres à démontrer qu'un crime avait été commis, il les avait groupées en un réquisitoire, insistant sur ce fait que l'épée du général n'avait pas servi à un duel, produisant comme une preuve accablante la disparition du malheureux Cornevin.