[Illustration:—Je le jure!...]

—Êtes-vous brave, mon petit ami? demanda-t-il.

—Je ne suis pas peureux, monsieur.

—Alors, tout ira bien. Un interrogatoire, voyez-vous, ne doit effrayer que les gens qui ont quelque chose à cacher.

Me Roberjot était redevenu lui-même et, son regard allant de Mme Delorge à Raymond, il était aisé de comprendre que c'était pour la mère, encore plus que pour le fils, qu'il parlait.

—Donc, poursuivit-il, ne vous troublez pas quand vous serez en présence du juge, et, au lieu de baisser les yeux, regardez-le bien en face. Écoutez attentivement ses questions et, avant d'y répondre, prenez le temps de réfléchir... Si vous ne les comprenez pas parfaitement, faites-les répéter... N'allez jamais au devant, attendez... Et que vos réponses soient aussi concises que possible. Quand on vous demandera une chose dont vous êtes sûr, dites oui ou non, sans phrases, sans détails oiseux. Si vous doutez, dites simplement: «Je ne sais pas.» Point de si, ni de mais, ni de suppositions. Des affirmations, toujours. Et surtout, évitez les controverses et les discussions...

C'est munis de ces enseignements d'un maître que Mme Delorge et son fils arrivèrent au Palais de Justice.

Dès qu'elle eut montré sa citation à l'huissier de service à l'entrée:

—Veuillez me suivre, madame, lui dit poliment cet homme, M. Barban d'Avranchel vous attend.

Ainsi elle était l'objet d'attentions spéciales, d'une faveur... Était-ce d'un heureux ou d'un sinistre augure?... Pour les condamnés aussi, on a des ménagements particuliers...