Puis d'un ton de feinte humilité:

—Cependant, reprit-il, tu le laisseras bien durer assez pour que j'aie le temps de faire fortune! Voyons, mon vieux Roberjot, fais cela pour un camarade, quand ce ne serait que pour me fournir le moyen de te rendre ce que je te dois...

—Tu penses donc que l'Empire t'enrichira?

—J'ai cette candeur! dirait Arnal. Or, comme nous sommes à Paris cinquante mille gaillards qui nous berçons de cet espoir, l'Empire du-re-ra.

—Diable!

—Tous ne réussiront pas, c'est évident, mais moi, je réussirai. L'empereur... je veux dire le prince-président, a des projets grandioses, moi j'ai des montagnes de plans et devis, nous nous entendrons. Qu'il dise un mot et mes cartons s'ouvrent. Il veut un Paris de marbre... je lui bâtirai une ville de palais. Il faudra des millions pour cela. Tant mieux. Il en tombera bien un dans ma poche...

Il ne manquait pas d'un certain flair, M. Verdale. Me Roberjot le savait bien.

—Ainsi, lui dit-il, tu es allé faire ta cour au président...

—Oh! pas encore; je n'en suis qu'à ses amis. Mais j'avance, j'avance, j'ai des protecteurs à qui rien ne sera refusé. Le président peut avoir tous les vices que tu voudras; il a, en plus, de la mémoire. Il suffit qu'on lui ait dit: «Dieu vous bénisse!» quand il éternuait en exil, pour qu'il vous juge des droits à sa reconnaissance...

—Mais ses amis auront-ils aussi bonne mémoire que lui, et ne te renieront-ils pas?...