—Jamais! Je sais où est le cadavre, s'écria vivement l'architecte.
Et tout aussitôt, visiblement embarrassé et contrarié de s'être laissé emporter:
—Quand je dis que je sais où est le cadavre, je veux dire que j'ai reçu assez de petites confidences pour qu'on ne m'oublie pas. T'en faut-il une preuve? C'est à moi que la baronne d'Eljonsen confie la construction de l'hôtel qu'elle veut avoir aux Champs-Élysées, et dont j'ai là le plan...
—Comment! la baronne d'Eljonsen fait bâtir!... Il me semblait t'avoir entendu dire qu'elle en était aux expédients...
—Oui, quand elle habitait Rome. Mais les temps sont changés. Si bien changés, que M. de Maumussy vient de me charger de lui acheter tous les terrains que je trouverai entre la Seine et les Champs-Élysées... Si bien changés, que M. de Combelaine m'a demandé le plan d'une maison de campagne... Si terriblement changés, que M. Coutanceau m'a donné sa parole de me nommer l'architecte en chef d'une société qu'il fonde, au capital de je ne sais combien de millions. Non seulement ces gens-là savent vaincre, mais ils savent profiter de la victoire!...
L'avocat branla la tête, et non sans une nuance d'impertinente ironie:
—Et tu en profiteras, toi, en devenant millionnaire.
—Positivement, répondit l'architecte, et sans remords; seulement...
Son front se plissa, et gravement, cette fois:
—Seulement, poursuivit-il, si l'avenir est à moi, le présent est à mes créanciers. Je suis dans la situation d'un homme qui aurait à toucher à Marseille un héritage immense, et qui crèverait de faim à Paris, faute de pouvoir se procurer le prix du chemin de fer de Paris à Marseille.