—Je l'étais, et c'est ce qui m'a perdu.

—Oh!...

—C'est ainsi. Fils d'une famille riche, tu n'as pas eu à apprendre, toi, que les imbéciles refusent de reconnaître le talent qui n'a pas un certain cadre. Tu as du talent et tu as réussi; mais sache que ton bel appartement, que tes meubles, tes tapis, tes tableaux et tes livres sont pour quelque chose dans ton succès. Quand on sonne chez toi, c'est un domestique qui vous ouvre, et le client qui venait te demander une consultation avec l'idée de te la payer vingt-cinq francs se dit en lui-même: «Ce sera cinquante francs puisqu'il a un valet de chambre.» Introduit dans ta salle d'attente meublée de vieux chêne, ce même client se dit encore: «Diable!... c'est cossu, ici, et je vois bien qu'il va falloir dégainer mes trois louis.» Entrant dans ton cabinet de travail, il est ébloui... et en sortant il te laisse le billet de cent francs...

L'avocat riait.

—Eh bien! moi aussi, continua l'architecte, je veux paraître... Il le faut. Je loge en garni, au quatrième étage d'un méchant hôtel... Qui viendra m'y chercher? Personne. Il faut paraître, mon vieil ami. Le règne qui commence s'appellera le règne de la poudre aux yeux... Jetons de la poudre!...

Discuter, c'est avouer implicitement qu'on ne s'est pas arrêté à un parti définitif, et qu'on peut encore changer d'avis.

Me Roberjot, qui était avocat, ne l'ignorait pas.

Si donc il laissait discourir son ami Verdale, c'est que, véritablement, il hésitait.

Sortir de sa caisse huit mille francs pour les risquer sur les espérances de l'architecte incompris, c'était raide.

Oui, mais les lui refuser, c'était se l'aliéner et renoncer à l'assistance qu'on en pouvait attendre à un moment donné.