—On l'a cru comme tu le crois, mais on se trompait, on n'a pas tardé à le reconnaître. Mme d'Eljonsen n'était pas d'un caractère à essayer de dissimuler, comme on dit, une faute, elle n'en était pas à cela près. Victor, ce jeune garçon, lui avait été confié. Par qui? Ah! là est le mystère. Les uns assurent que la mère est une grande dame, comme il est dit dans la Tour de Nesle, les autres que c'est tout simplement une petite bourgeoise de Londres...
—Mais toi, que crois-tu?
—Moi?... Rien.
—Cependant, informé comme tu l'es...
L'architecte incompris souriait.
—C'est vrai, fit-il, que je sais bien des choses, mais je ne sais pas tout... Ce que je puis te dire, c'est que cet enfant est devenu le Combelaine à qui tu parais en vouloir si fort...
Me Roberjot ne s'impatientait plus, maintenant.
—Mais ce nom de Combelaine, interrogea-t-il, d'où lui vient-il?...
—Ah! ceci est une autre histoire. Mme d'Eljonsen, je te l'ai dit, est une femme très forte, mais elle n'est pas complète, personne n'est complet ici-bas. Elle a eu toute sa vie un faible, et ce faible s'appelait le comte de Combelaine. C'était, en vérité, un excellent gentilhomme, mais qui avait donné dans les travers de Casanova, et qui, n'ayant plus le sou, corrigeait la fortune. C'est à Vienne que Mme d'Eljonsen et lui se connurent, et, depuis, ils ne se sont jamais quittés. C'est lui qui, le jour où le jeune Victor dut se lancer dans le monde, lui dit: «Tu n'as pas de nom, et il t'en faut un; prends le mien, je te le donne. Il a été jadis porté par de vaillants et honnêtes gentilshommes. Va, et puisse-t-il te porter bonheur!...»
D'un geste rapide, Me Roberjot commanda le silence à son ancien copain.