—Ce n'est pas mon secret, déclara-t-il.
L'autre parut stupéfait:
—Ah! il y a un secret! répéta-t-il. Alors, mystère et discrétion! Et je reprends: Ce nom de Combelaine, qui ne lui appartient pas, paraît être le seul patrimoine qu'ait jamais recueilli le fils adoptif de Mme d'Eljonsen. Je dis: paraît, parce qu'en réalité il en recueillit un autre, qui justifie toutes les légendes dont sa naissance a été le sujet. Je veux parler de la protection mystérieuse, bien que très apparente, qui s'étendit sur lui, dès son entrée dans le monde, et qui ne lui a jamais fait défaut. Et ce devait être une protection puissante, car elle l'a poussé jusqu'au grade de capitaine, dans l'espace de temps strictement exigé par les règlements. Or, ni son instruction, ni son mérite, ni sa conduite n'expliquaient cet avancement scandaleux. Criblé de dettes, il avait à tout moment recours à des expédients qui frisaient l'escroquerie, et qui eussent fait chasser du régiment tout autre que lui... Cependant il abusa si bien, qu'il fut un jour forcé de donner sa démission, après avoir fait semblant de se brûler la cervelle...
—En quelle année cela?
—Ah! par ma foi, tu m'en demandes trop, mais on pourrait le savoir en cherchant dans la collection de l'Annuaire militaire.
—C'est vrai... Continue.
L'architecte riait, mais franchement cette fois, et il était de fait que l'insistance de l'avocat ne manquait pas d'une certaine naïveté.
—C'est que me voici au bout de mon rouleau, dit-il. Suivre Combelaine après sa sortie de l'armée est aussi impossible que de relever la piste d'un feu follet...
—Comment a-t-il vécu?...
—D'industrie, donc! Tous les métiers avouables et inavouables, il les a faits. Puis Mme d'Eljonsen est venue à son secours deux ou trois fois, puis il a été aidé pendant ces dernières années par une femme dont il a été l'amant...