—Je n'oublierai jamais les amis de mon père, monsieur, prononça-t-il.

Puis, faisant signe à son jeune camarade:

—Léon, cria-t-il, Léon, viens donc saluer monsieur.

Léon mit lestement pied à terre et approcha.

Il était un peu moins grand que le jeune Delorge, mais plus large d'épaules et beaucoup plus robuste. Il semblait un peu gêné dans ses habits neufs, mais son embarras n'avait rien de disgracieux ni de gauche.

—C'est Léon Cornevin, monsieur Roberjot, dit Raymond, le fils aîné de Laurent Cornevin, dont maman vous a parlé.

L'enfant s'inclina.

—Voilà huit jours qu'il est de la maison et que nous travaillons ensemble, continua le jeune Delorge. Dame, il n'est pas aussi fort que moi sur certaines choses, on ne lui enseignait pas le latin, chez les frères... Mais maman lui a donné un répétiteur, et il travaille si fort et il comprend si bien, qu'il m'aura vite rattrapé.

—Je l'ai promis à ma mère, répondit le jeune garçon, et c'est bien le moins que je doive à Mme Delorge pour toutes ses bontés.

—Et comme cela nous ne nous quitterons jamais, déclara Raymond, nous serons comme deux frères, et nous entrerons à l'École polytechnique ensemble.