—Et quand nous serons hommes, ajouta Léon Cornevin, avec un accent de haine véritablement incroyable chez un enfant si jeune, quand nous serons hommes, nous saurons punir les lâches qui ont assassiné le général Delorge et mon père...
Véritablement l'avocat ne savait trop que répondre, lorsqu'il fut tiré d'embarras par un vieux monsieur, d'une mise fort soignée, qui venait d'entrer, qui s'avançait vers lui le chapeau à la main avec force salutations, et lui dit de l'air le plus gracieux:
—Monsieur Roberjot, n'est-ce pas?
—Oui, monsieur.
—Je l'aurais parié, reprit gaiement le bonhomme. Oui, je vous avais reconnu sur le portrait qu'on m'a fait de vous. Moi, je suis un vieil et bien dévoué ami de ce pauvre général, M. Ducoudray.
—Je vous connais de nom, monsieur...
—Ah! Mme Delorge vous a parlé de moi... elle sait mon affection. Mais vous, monsieur, vous avez bien tardé à nous rendre visite... Nous étions presque inquiets... Mais veuillez donc me suivre, Mme Delorge va être ravie de vous voir. Justement elle est en grande conférence avec Mme Cornevin. Elles viennent de m'envoyer chercher, c'est qu'il doit y avoir du nouveau...
Et, faisant signe aux deux jeunes garçons de reprendre leur leçon, il entraîna l'avocat, tout étourdi de cet accueil et de ce flux de paroles.
Mais, sur le perron, il s'arrêta tout à coup, et montrant à Me Roberjot le fils de Cornevin:
—Que pensez-vous, lui demanda-t-il, de ce gaillard-là?