Ce qui le frappait, et bien vivement, c'était l'association étrange de ces trois enfants, d'aptitudes et de tempéraments si divers, réunis en une commune pensée.

Une femme seule était capable de préparer ainsi une génération à une revanche et il reconnaissait bien, à ce trait, le génie de Mme Delorge.

Mais déjà l'excellent M. Ducoudray avait repris le bras de l'avocat, et tout en le guidant à travers la villa:

—Du reste, poursuivait-il, quoi que puisse me faire Jean Cornevin, le mauvais garnement, jamais je ne me séparerai de lui. C'est une gageure. Le gouvernement, sachez-le, ne m'a pas vu sans dépit recueillir ce pauvre orphelin, et il n'est sorte de choses qu'il ne soit prêt à faire pour me contraindre à l'abandonner. Mais je ne céderai pas. Les abus de pouvoir me révoltent.

—Peut-être, hasarda Me Roberjot légèrement surpris, peut-être, cher monsieur, poussez-vous un peu les choses au noir...

Il hocha la tête, et d'une voix sourde:

—Je sais ce que je dis, répondit-il, et j'ai des preuves. On m'a fait passer secrètement des lettres qui ne laissent pas l'ombre d'un doute. Je suis noté comme un homme dangereux, et dont on doit chercher l'occasion de se débarrasser. On me surveille, je vis entouré de mouchards.

—Oh!...

—Oui, monsieur, insista le digne bourgeois, oui, c'est comme j'ai l'honneur de vous le dire. Est-il donc si difficile d'impliquer un homme dans un complot de police? Aussi me tiens-je sur mes gardes. Toutes mes dispositions sont prises pour passer à l'étranger au premier signal. Mes paquets sont prêts, j'ai fait disposer à ma maison une issue dérobée et, nuit et jour, j'ai toujours autour des reins une ceinture pleine d'or...

Me Roberjot ne riait pas.