Certainement, les terreurs de M. Ducoudray étaient bien ridicules. Assurément, cette prétention qu'il avait d'empêcher le gouvernement de dormir, était grotesque...
Sa conduite n'en était que plus digne d'éloges. Ce n'est pas au péril qu'on brave qu'on mesure le courage, mais au péril qu'on croit braver. Étant données ses idées et ses craintes, M. Ducoudray se conduisait en héros.
—Du reste, continuait-il, non sans une nuance de fatuité, je suis récompensé bien par delà mes mérites, par la confiance et l'amitié que veut bien me témoigner la veuve de mon cher et vaillant ami, le général Delorge.
Ils arrivaient au premier étage de la villa.
—Plus un mot de tout ceci, dit très vite et très bas M. Ducoudray, ménageons la sensibilité de Mme Delorge qui n'a déjà que trop de tourments... Nous allons la trouver dans l'ancien cabinet de son mari avec Mme Cornevin; voici la porte, et si vous voulez prendre la peine de passer...
Ils entrèrent, et, en effet, trouvèrent ensemble ces deux infortunées que rapprochait un malheur commun, la veuve de l'officier général et la femme du pauvre palefrenier. Elles étaient assises l'une près de l'autre, comme deux amies, pareillement vêtues de noir, et s'occupaient à trier et à classer des lettres et des papiers.
A la vue de Me Roberjot, Mme Delorge se leva vivement, et lui tendant la main:
—Enfin, monsieur, dit-elle, je puis donc vous remercier de vos bontés pour une pauvre femme veuve, sans autres titres à votre sympathie que son malheur...
S'il est pour un homme de cœur et d'esprit un supplice, c'est de s'entendre décerner des éloges qui ne lui sont pas dus.
—Hélas! madame, balbutia l'avocat, subissant plus que jamais le charme des beaux yeux de Mme Delorge, hélas! je n'ai rien fait encore pour mériter votre reconnaissance...