Et il s'empressa de détourner la conversation, servi en cela par M. Ducoudray qui n'entendait pas sans une secrète jalousie les remerciements adressés à un autre qu'à lui.

—Revenons donc à nos espérances, reprit Mme Delorge, et à l'événement qui m'avait fait envoyer chercher M. Ducoudray. Il nous arrive du nouveau...

—Ah!

—Nous avons, nous pensons avoir des nouvelles de Laurent Cornevin. Nous avons la presque certitude que sa vie a été respectée.

C'était du nouveau, en effet, et le renseignement le plus précieux qu'eût recueilli Mme Delorge depuis la mort de son mari. Cependant Me Roberjot ne s'en étonnait pas.

—Et comment avez-vous eu ces renseignements, madame? interrogea-t-il.

—Par Mme Cornevin, répondit Mme Delorge.

Et se retournant vers la pauvre femme:

—Julie, ajouta-t-elle, dites à ces messieurs comment les choses se sont passées; il est indispensable qu'ils le sachent pour nous donner un conseil.

Pour la première fois, Me Roberjot examina la femme du pauvre palefrenier, et il demeura stupéfait de l'expression dont la douleur avait rehaussé sa physionomie. Son esprit, au contact quotidien de Mme Delorge, s'était épuré et élevé, et jamais on n'eût deviné une femme de sa condition, à la voir calme et digne, avec ses grand yeux noirs et ses épais cheveux relevés en masses brunes très haut sur la nuque.