Immobiles derrière le rideau de cyprès qui les cachait, le docteur et Raymond Delorge attendaient un mot qui leur révélât le sens de cette scène inouïe, un mot qui leur apprît à quelles sources d'intérêt et de passion puisaient leur audace ces gens qui osaient ainsi en plein Paris escalader les clôtures sacrées d'un cimetière et violer le secret d'un tombeau.
Ce mot ne fut pas prononcé...
C'est sans échanger une parole que l'homme aux vêtements élégants et la femme en noir, la duchesse, regagnèrent l'échelle et disparurent de l'autre côté du mur.
Les complices subalternes, les deux hommes en blouse, restaient seuls dans le cimetière.
Rapidement ils rajustèrent les planches du cercueil et le redescendirent dans le caveau, après quoi, tant bien que mal, ils remirent en place les pierres qu'ils avaient descellées, effaçant vaille que vaille toute trace d'effraction...
Cette besogne terminée, le plus tranquillement du monde, ils regagnèrent le mur, retirèrent leur échelle et disparurent...
De la scène dont le docteur et Raymond venaient d'être témoins, nul vestige ne restait plus qui leur en attestât la réalité... Tout s'était évanoui comme une de ces visions qu'enfantent les ténèbres et que dissipe le jour...
Il était d'ailleurs temps que tout finît. Raymond n'en eût pu supporter davantage, tant depuis un moment toutes ses facultés s'exaltaient jusqu'à un degré presque insoutenable.
Saisissant par le bras, rudement, l'homme de la Reine-Blanche:
—Maintenant, lui dit-il, tu vas nous expliquer pourquoi tu nous as fait assister à cet abominable sacrilège. Qui sont ces gens qui violent les tombeaux? Qu'est-ce que ce cercueil qui est vide? Que veut-on de moi? Parle! Des faits, des noms, et vite...