—Mon mari était un honnête homme, monsieur...
—Je le sais, madame, et c'est pour cela que je serais si heureux, aujourd'hui, de le voir à nos côtés. Car il y serait, n'en doutez pas, comme tant d'autres qui, le lendemain du 2 Décembre, nous chargeaient de malédictions. Il y serait, parce qu'il était trop intelligent pour ne pas reconnaître que le gouvernement qui réunira le plus d'intérêts sera désormais le seul légitime... Enfin!... le malheur est venu d'une indiscrétion de M. de Combelaine...
Après cela, M. de Maumussy espérait si bien un mot d'encouragement, qu'il s'arrêta.
Mais Mme Delorge et les deux jeunes garçons gardant un silence et une immobilité de glace, il se décida à poursuivre:
—M. de Combelaine, quoi que je lui eusse dit à ce sujet, s'imaginait que le général Delorge serait pour le coup d'État. C'est pourquoi, l'avant-veille, il lui écrivit, lui donnant rendez-vous à l'Élysée.
«Il arriva à l'heure dite, et tout aussitôt Combelaine l'entraîna dans un petit salon, et là, sans préambule, niaisement, sottement, il se mit à lui expliquer tout le plan du mouvement qui se préparait et qui devait sauver le pays.
«Delorge écouta ces révélations sans mot dire, mais lorsque Combelaine eut achevé:
«—Vous êtes un misérable, lui dit-il, et je vais de ce pas vous dénoncer!...
«Quel coup terrible ce fut pour le comte de Combelaine, vous devez le comprendre, madame... Il se vit déshonoré, perdu! Il vit compromis irréparablement par sa faute le succès d'une partie sûre, ses amis arrêtés, le prince-président livré au bourreau.
«Assurément, on eût perdu la tête à moins.