L'architecte incompris, car c'était lui, haussa légèrement les épaules.
—Allons, allons, fit-il, je vois que tu ne me pardonnes pas la peur que tu as eue...
D'un coup de poing furibond appliqué sur la tablette de son bureau, Me Roberjot l'interrompit.
—Trêve de plaisanteries impudentes, s'écria-t-il. Au fait... sans phrases.
L'embarras de l'architecte devait être feint, car il contrastait trop violemment avec la liberté de sa parole et la gaieté de son accent.
—Écoute au moins ma confession, fit-il avec une surprenante volubilité. Mon procédé était... vif, j'en conviens. Mais je n'avais pas le choix. Tout autre eût agi comme moi. Sois juge. Juste le lendemain du jour où tu m'avais confié ton titre, comme je traversais la place de la Bourse pour aller chez ton agent de change, j'aperçois le gros Coutanceau.
«Je vais à lui, et je le salue de cette aimable plaisanterie que je ne manquais jamais quand je le rencontrais: «Ah ça! illustre coffre-fort, quand faites-vous ma fortune?» Je pensais qu'il allait me répondre comme d'ordinaire: «Demain, entre sept et neuf.» Mais pas du tout, il me regarde fixement, puis d'un ton rude: «Êtes-vous capable, me demande-t-il, de garder un secret?...» Un peu surpris, je dis: «Assurément, surtout si ma fortune en dépend.» Aussitôt, il m'empoigne par le bouton de ma redingote, et très vivement:
«—Alors, reprend-il, tâchez, d'ici quatre jours, de vous procurer cent mille francs, apportez-les moi, et il y a cent à parier contre un que, fin courant, je vous rends un demi-million. J'ai de l'estomac, Roberjot, eh bien! ma parole d'honneur, en entendant cela, j'ai dû devenir plus blanc que ta cravate.
«—Est-ce sérieux, cela, monsieur Coutanceau? demandai-je.
«—Parbleu! fit-il.