—Alors, quoi?

—Je n'ai pas de comptes à vous rendre...

—Roberjot!...

Ils étaient debout en face l'un de l'autre, et si près que leurs haleines pouvaient se confondre, l'avocat plus froid que marbre, l'autre agité d'un tremblement convulsif.

—Vous devez bien sentir, reprit M. Verdale, qu'il m'est impossible de vous laisser ma lettre, elle est trop accablante pour moi.

—Il ne fallait pas l'écrire.

Un silence suivit, si profond que du petit salon Mme Delorge entendait la respiration rauque de l'architecte.

—Laisser entre vos mains cette lettre maudite, reprit-il, c'est vous donner sur moi le pouvoir que Dieu seul a sur les autres hommes. C'est vous abandonner mon honneur, mon avenir, ma vie, la vie, l'avenir et l'honneur de mon fils. C'est me livrer à vous pieds et poings liés, me déclarer votre esclave, votre chien, votre chose...

L'avocat ne répondit pas.

—Vous laisser cette lettre, continua M. Verdale, c'est renoncer à tout jamais à l'espérance, au bonheur, au repos. Je suis riche, aujourd'hui; je serai millionnaire demain; avant un an, j'aurai su me créer une grande situation... Folie! Sans trêve, sans relâche, une voix obsédante me répétera: «Tout cela, tout ce que tu as conquis, fortune, honneur, considération, tout est à la merci de cet homme. Qu'il le veuille, et l'édifice que tu as eu tant de peine à élever s'écroule...