«Demain, reprit-il, nous allons combattre dans deux camps ennemis. Demain l'empire sera fait; vous en serez l'adversaire acharné et moi le défenseur obstiné. Qu'arrivera-t-il? Viendrez-vous, cette lettre à la main, me dire: «Je te défends d'avoir cette opinion?» Ou encore: «Ceux que tu sers et qui croient à ta fidélité, je te commande de les trahir?...»

D'un geste, Me Roberjot l'interrompit.

—Je vous ferai remarquer que vous m'insultez! fit-il.

L'architecte eut un rugissement sourd.

—Mais alors, encore une fois, s'écria-t-il, que prétendez-vous faire de cette lettre?

—Si je la garde, c'est que je sais ce dont vous êtes capable. Ambitieux comme vous l'êtes, rien ne vous arrêterait. Eh bien! le souvenir de cette lettre vous tiendra lieu de conscience et sera votre frein. Vous y songerez au moment de jouer encore quelque partie comme celle que vous venez de gagner, et vous vous arrêterez...

—Eh!... Quelle partie voulez-vous que je joue, désormais! Hier, à la bonne heure, je n'avais pas un sou vaillant...

—Alors rassurez-vous, votre lettre ne sortira pas de mon tiroir.

L'architecte eut un mouvement si terrible que Mme Delorge crut qu'il allait se précipiter sur l'avocat.

Non, cependant. Sa tête retomba sur sa poitrine, et après un moment de méditation: