Levée de très bonne heure, elle initiait sa petite servante aux détails du service et l'aidait à tout mettre en ordre et à préparer les repas.
Dans l'après-midi, elle venait s'asseoir dans le cabinet du général et donnait une leçon de lecture à sa fille, ou reprisait le linge de la maison et les vêtements des enfants.
Deux fois par jour, Krauss conduisait et allait chercher au collège Raymond et Léon Cornevin. Mais on ne les entendait guère. Ils travaillaient l'un et l'autre avec tant d'acharnement, que souvent Mme Delorge était obligée d'y mettre ordre et de les arracher à leurs livres.
Le dimanche seul rompait la paisible régularité de cette existence.
Ce jour-là, si le fils d'adoption de M. Ducoudray, Jean Cornevin, n'était pas privé de sortie, ce qui lui arrivait de temps à autre, le bonhomme l'amenait passer la journée avec son frère et Raymond et, s'il faisait beau, il les conduisait à la campagne.
Il avait fini par s'accoutumer à la turbulence de Jean, et autant il s'en était plaint jadis à Me Roberjot, autant il célébrait maintenant sa vivacité, sa hardiesse et son esprit moqueur, l'encourageant à s'appliquer à l'étude du dessin, puisqu'il y réussissait si bien, et disant que ce garçon ferait certainement un artiste remarquable.
Parfois M. Ducoudray décidait Mme Delorge à les accompagner, et alors, comme il fallait faire des économies et que les restaurants des environs de Paris sont hors de prix, Krauss suivait, portant dans un grand panier des provisions qu'on mangeait sur l'herbe...
Digne M. Ducoudray!... Il avait donné à la veuve de son ami le général une de ces preuves d'affection qui valent des volumes de protestations.
Pour elle, il avait déménagé. Pour elle, il avait abandonné Passy.
Lui, le vieillard égoïste, il avait renoncé à sa jolie villa, à cette habitation qu'il avait fait bâtir pour lui, sur un plan choisi par lui, où il s'était ingénié à réunir tout ce qui peut faire la vie plus douce et plus facile.