Et un beau matin, sans avoir rien dit de son projet, il était venu s'établir rue Chaptal, au troisième étage, dans un appartement de mille francs.
Dame!... il n'y avait pas toutes ses aises, comme à Passy. Mais il demeurait à deux pas de Mme Delorge et pouvait continuer à lui rendre deux visites par jour.
Et, comme il avait eu le bon esprit de redescendre au plus profond de son cœur ses espérances matrimoniales, il jouissait, sans arrière-pensée, de la plus confiante des intimités.
Sans ce voisinage, l'isolement de Mme Delorge eût été peut-être pénible.
Tous les amis de son mari avaient été dispersés par le coup d'État, exilés, réduits à fuir ou contraints d'habiter la province. A peine en était-il resté à Paris deux ou trois qu'elle voyait de loin en loin.
Me Roberjot était bien venu la visiter; mais, sans cesser de lui témoigner la reconnaissance qu'elle lui devait, elle l'avait reçu de façon à lui faire comprendre que l'espoir qu'il avait caressé ne se réaliserait jamais, et peu à peu ses apparitions rue Blanche étaient devenues plus rares.
Après M. Ducoudray, la plus habituelle société de Mme Delorge était donc Mme Cornevin.
Sur les conseils de sa bienfaitrice, la femme du pauvre palefrenier était descendue des hauteurs de Montmartre et était venue s'établir rue Pigalle avec ses trois filles: Clarisse, Eulalie et Louise.
Son loyer y était beaucoup plus considérable que rue Marcadet. Elle payait quatre cents francs par an deux pièces et une cuisine.
C'était énorme pour elle, mais Mme Delorge lui avait tracé un plan d'avenir qui rendait cette dépense indispensable.