Très habile ouvrière confectionneuse avant son mariage, la femme de Laurent Cornevin, depuis la disparition de son mari, s'était placée chez une couturière en renom.

Elle s'y refaisait la main, se mettait au courant des modes et apprenait certains détails du métier qu'elle ignorait.

—Et quand vous serez sûre de votre habileté, lui disait Mme Delorge, vous travaillerez chez vous, et vos trois filles seront vos ouvrières. Soyez tranquille, M. Ducoudray et moi nous vous trouverons des pratiques. Si vous réussissez complètement, ce sera presque la fortune.

M. Ducoudray approuvait.

—Et elle réussira, disait-il, et quand j'aurai découvert Laurent Cornevin, il sera tout surpris de retrouver sa femme à la tête d'un riche établissement.

C'est que, fidèle à sa parole, le digne rentier consacrait tout ce qu'il avait d'intelligence et aussi beaucoup d'argent à la recherche de cet unique témoin de la mort du général Delorge.

Tâche ingrate, et bien autrement délicate et épineuse qu'il ne l'imaginait lorsqu'il s'y était si bravement engagé.

Retrouver de par le monde un individu dont la trace est totalement perdue est déjà difficile lorsqu'on peut agir ouvertement, qu'on dispose de la publicité des journaux et qu'on a pour soi la subtile armée des polices européennes.

Qu'est-ce donc lorsqu'on est réduit à agir seul, obligé de dissimuler ses investigations et qu'on a tout à craindre de la rue de Jérusalem?...

C'était là précisément le cas de M. Ducoudray.