En présence de Mme Cornevin, seulement, ils parlaient d'autre chose.

Mme Delorge n'avait pas voulu que la pauvre femme fût initiée aux démarches qu'on faisait pour retrouver son mari. N'eût-ce pas été aviver sa douleur, l'agiter de transes perpétuelles et l'exposer aux plus pénibles déceptions!...

Et cependant, Mme Cornevin, de son côté, autant qu'il était en son pouvoir, avait agi.

Si cruellement qu'il lui en coûtât, elle avait pris sur elle de revoir sa sœur et avait tout mis en œuvre pour l'intéresser à son malheur et obtenir qu'elle usât de son influence sur M. de Combelaine.

Mais, dès les premiers mots, Mme Flora Misri était entrée dans une grande colère.

—C'est positif, s'était-elle écriée: Victor est très puissant, et la preuve, c'est qu'il a obtenu un bureau de tabac pour ma mère, et pour mon père une place où il n'y a rien à faire. Seulement Victor serait par trop bête de servir des gens qui ne cherchent qu'à lui nuire. Or que fais-tu, toi, s'il te plaît?... Tu passes ta vie chez la femme de ce général que Victor a tué en duel, une folle qui mettrait le feu à la terre et au ciel pour nous faire arriver malheur. Que complotez-vous, toutes deux, avec l'aide de ce vieux rentier qui ne vous quitte pas?... Crois-tu que nous ne sachions pas toutes vos manigances!...

[Illustration: Krauss un pistolet dans chaque main.]

Ces propos rapportés à Mme Delorge lui donnèrent singulièrement à réfléchir.

—M. de Combelaine et Mme Misri ont le secret de vos investigations, dit-elle à M. Ducoudray.

—C'est impossible, répondit-il, puisque je n'en ai ouvert la bouche à âme qui vive.