Pour plus de sûreté, cependant, il se résolut à consulter Me Roberjot.
—Vous êtes joué, soyez-en sûr, lui déclara l'avocat sans hésiter. Ces drôles que vous appelez vos hommes sont tout bonnement les hommes de M. de Combelaine. Qu'y gagnent-ils? me demanderez-vous. Ceci: de se réconcilier avec la préfecture, si jamais ils ont été brouillés avec elle, et de continuer à empocher votre argent. Des mouchards qui ne recevraient pas des deux mains ne seraient pas des mouchards. Méditez cette vérité...
L'excellent bourgeois était atterré... mais convaincu.
—Dès ce soir, mes gaillards auront leur congé! s'écria-t-il.
Dans le fait, rien ne pouvait contrarier Me Roberjot autant que ces maladroites tentatives de M. Ducoudray.
Il s'occupait, lui aussi, de retrouver Laurent Cornevin, et avec de bien autres chances de succès.
Sa situation dans l'opposition l'avait mis en relations avec un grand nombre d'exilés volontaires, de proscrits et de déportés de Décembre: il les avait intéressés au sort du pauvre palefrenier en leur expliquant l'importance de son témoignage, et par eux il ne désespérait pas d'apprendre un jour ou l'autre ce qu'il était devenu.
En attendant, ce gouvernement de Décembre, dont tant de prophètes annonçaient toujours la débâcle pour la fin du mois, semblait s'affermir de plus en plus.
Les journaux se taisant sous peine de mort, les députés étant condamnés au silence, nulle voix discordante n'avait troublé le concert de bénédictions payées comptant et de flatteries intéressées qui montait jusqu'au prince-président.
Son voyage dans les départements, réglé par un habile metteur en scène, avait été une longue ovation.