Et en revenant à Paris, il avait, tout le long des boulevards, marché sous une voûte d'arcs de triomphe et, au-dessus de la boutique d'un perruquier, il avait pu lire en grosses lettres sur un transparent: Ave, Cæsar.

Bientôt, c'était le Sénat qui était allé le saluer empereur, et un plébiscite avait consacré l'empire.

Le règne de Napoléon III venait de commencer. Il se formait une cour sur le modèle de la cour de son oncle. Les courtisans se ruaient à la curée d'une formidable liste-civile. On s'arrachait la clé de chambellan, la cravache d'écuyer, l'épieu de grand veneur...

M. de Combelaine avait une grande charge, les traitements réunis de M. de Maumussy dépassaient cent cinquante mille francs, Mme d'Eljonsen avait loué un palais en attendant celui qu'elle se faisait bâtir, M. Verdale était un des architectes officiels, le docteur Buiron était un des médecins de la cour...

—Jusqu'où monteront-ils, mon Dieu! disait M. Ducoudray un peu effrayé.

Mais Mme Delorge restait calme et confiante.

—Plus haut ils monteront, disait-elle, plus la dégringolade sera terrible... Dieu est juste... Patience!

Reconnu par toutes les puissances de l'Europe, appelé «cousin et frère» par le roi de Prusse, et «bon ami» par l'empereur de Russie, Louis-Napoléon devait croire inébranlable le trône de Décembre et songer à fonder une dynastie.

Un matin du mois de janvier 1853, M. Ducoudray arriva de meilleure heure que de coutume chez Mme Delorge, son journal déplié à la main.

—Eh bien! c'est décidé, lui dit-il, nous allons avoir des noces superbes, l'empereur se marie.