Passer de la liberté de la vie de voyage aux inexorables obligations d'un trône, et cela du jour au lendemain, quelle épreuve pour une jeune femme!
Se trouver tout à coup le point de mire de tous les regards, être toujours en scène, parler à tous et de tout, s'occuper de modes et de politique, se montrer sérieuse ou frivole, être femme du monde et femme d'intérieur, garder le secret de ses impressions, dissimuler ses sympathies, surmonter ses aversions, quelle tâche!...
L'impératrice Eugénie n'y réussit pas.
Si ses courtisans lui racontaient qu'elle était populaire, ils la trompaient. Elle ne le fut jamais.
En vain elle multiplia les œuvres de bienfaisance, les institutions charitables, les fondations pieuses. Elle n'alla jamais au cœur de la foule.
Sceptique et moqueuse, la France ne respecte que ce qui est solennel.
On n'y comprend une reine qu'en robe de brocard à traîne, marchant d'un pas majestueux, la couronne au front.
On s'étonnait de rencontrer l'impératrice en robe à volants écourtés, chaussée de bottines à hauts talons, et coiffée d'un élégant et frais chapeau tel qu'on en voyait sur la tête de toutes les autres femmes.
—C'est d'une admirable simplicité! s'écriaient ses partisans.
—Hum! grommelaient les autres.