Il est vrai de dire que les maris dont les femmes adoptaient cette simplicité admirable la trouvaient coûteuse.
Ils voyaient bien que toutes ces jolies petites robes de quatre sous tailladées, découpées, échancrées, écourtées, véritables déjeuners de soleil, finissaient par revenir, vu leur nombre, dix fois plus cher que les robes de prix d'autrefois.
On objectait à ces maris que c'était la mode. Que répondre à cela?
Ils grognèrent dans les commencements, puis ils s'habituèrent. Il faut bien faire comme les autres...
Le temps devint bon pour les modistes et les couturières. On put voir un tailleur pour dames se donner les mêmes airs d'importance que jadis la couturière de Marie-Antoinette, qui disait si fièrement: «J'ai travaillé ce matin avec Sa Majesté...»
Jamais pareille émulation de dépense ne se vit, ruinant les familles d'abord, les corrompant ensuite. Personne ne voulait rester en arrière. Toutes les grenouilles se mirent à s'enfler pour égaler le bœuf... Beaucoup en crevaient.
Ce qui n'empêchait pas de se ruer à la conquête du million. Des fortunes énormes surgirent tout à coup. D'où? On ne savait. Ce luxe subit donnait d'étranges soupçons.
A voir passer dans son coupé, attelé de deux magnifiques chevaux, Combelaine, qu'on avait connu sans souliers aux pieds; à voir faire courir Maumussy, que ses créanciers avaient chassé du boulevard; à voir Mme d'Eljonsen, devenue la princesse d'Eljonsen, donner des fêtes où se précipitait tout le Paris officiel, involontairement on portait les mains à ses poches et, inquiet, on se disait:
—Où diable ces gens-là prennent-ils tout cet argent!...
Si bien que le Moniteur officiel en arrivait à être forcé de démentir, comme «autant d'infâmes calomnies, les bruits répandus à la Bourse sur les opérations financières qu'on accusait d'avoir faites des fonctionnaires d'un ordre élevé».