Si bien que le prix de tout croissait avec les goûts et les habitudes de dépense, et que l'argent semblait diminuer de valeur.

Et le digne M. Ducoudray, qui jadis s'estimait très riche avec ses douze mille livres de rentes et sa villa de Passy, commençait à trouver qu'il avait été bien imprudent de se retirer avec si peu de chose.

—Si cela dure, disait-il parfois, je finirai par n'avoir plus de quoi manger.

XIX

—Cela ne durera pas, soyez tranquilles! déclaraient toujours d'un ton d'admirable assurance certains prophètes politiques.

Il est vrai qu'il leur eût été difficile, sinon impossible, de dire sur quoi, en ce moment, se basait leur certitude.

Ces premières années de l'empire furent celles où il se débita le plus de choses ridicules, où les contes les plus absurdes et les moins admissibles trouvaient de tous côtés de bénévoles propagateurs.

A chaque moment, vous rencontriez des gens qui, vous tirant à part, vous disaient mystérieusement:

—Eh bien!... vous savez la nouvelle? L'empire n'en a pas pour un mois. L'argent manque... Le prochain coupon de la rente ne sera pas payé.

Mais Mme Delorge n'était pas d'un caractère à s'abandonner à des illusions puériles et, si M. Ducoudray eût réussi à l'entraîner sur cette pente, elle avait pour la retenir Me Sosthènes Roberjot.