Il avait autre chose encore, une timidité incroyable, ridicule, absurde, qui souvent, lorsqu'il prenait sur lui de la surmonter, le poussait aux actes les plus contraires à son caractère et à sa volonté.

Près de ces deux jeunes hommes, remarquables à des titres divers, Jean, le second fils de Mme Cornevin, faisait contraste.

Il n'avait pas fait de brillantes études, lui... A dix-sept ans, fatigué du joug du lycée, il avait déclaré qu'il en avait assez, et depuis, en effet, il peignait et il dessinait...

Petit, fluet, très brun, assez laid, mais l'œil pétillant d'esprit, Jean Cornevin dissimulait sous une insouciance affectée et sous le débraillé de ses façons une intelligence très vive, des aptitudes remarquables, une finesse extrême et une grande ambition.

Prompt à saisir les ridicules, et ayant le mot impitoyable, il avait coutume de dire qu'il arriverait par ses ennemis...

Mais cette diversité si grande d'humeur, de tempérament et d'idées n'empêchait pas ces jeunes hommes de s'aimer comme rarement s'aiment des frères.

Un lien les unissait, plus puissant et plus indissoluble que ceux de la famille et du sang: la communauté du malheur et de la haine.

Ils pouvaient se trouver en désaccord, quand ils discutaient les moyens d'atteindre leur but, mais leur but était le même, et immuable: obtenir justice des misérables qui avaient frappé leurs pères, le général Delorge et le pauvre palefrenier Cornevin.

Seulement, que tenter?

Tandis que le chevaleresque Raymond Delorge s'écriait:—C'est au grand jour, et en plein soleil que je combats mes ennemis!...