Mais, pour rien voir, ils étaient trop émus de cette idée qu'ils allaient se trouver en face du meurtrier de leur père.
Et le cœur leur battit lorsque le domestique, ouvrant une porte, annonça:
—Messieurs Cornevin.
Ils étaient dans le cabinet de travail, c'est-à-dire dans le fumoir du comte, dans cette pièce intime de chaque maison où se trahissent les goûts et les habitudes du maître.
On n'y voyait guère de livres ni de papiers, mais quantité d'armes de tous les temps et de tous les pays, des fusils et des sabres, des armures, des épées de combat et des fleurets mouchetés.
Sur la table qui servait de bureau se voyaient cinq ou six revolvers de différents systèmes, attendant que le maître eût le temps de les essayer et se prononçât sur leur valeur respective.
Près de cette table, M. de Combelaine, vêtu d'un élégant costume du matin, était assis ou plutôt couché dans un immense fauteuil.
Il s'était appliqué et avait réussi à se faire un masque nouveau, approprié aux circonstances et à sa nouvelle situation.
Et les spectateurs qui le sifflaient à Bruxelles, lorsqu'il y jouait la comédie, ne l'eussent pas reconnu, avec ses cheveux ramenés aux tempes, ses moustaches outrageusement cirées, son œil morne et sa physionomie impassible.
C'était une fureur, alors. C'était à qui copierait le maître. C'était à qui éteindrait son regard, empèserait sa barbe, pétrifierait son visage et laisserait tomber de ses lèvres des paroles rares et sans expression.