Cependant, si son visage demeurait impénétrable, il était fort pâle et ses lèvres tremblaient. Il s'était imposé un rôle, et, comme tous les hommes très violents, il se défiait de lui.

Après un moment de silence:

—Je ne saurais, dit-il, blâmer la démarche de M. Raymond Delorge; à sa place j'agirais comme lui. Mais moi, je ne puis accepter la rencontre qu'il me propose...

—Cependant, monsieur...

—Je déclare qu'un duel entre nous est impossible, interrompit impérieusement le comte. Oui, c'est vrai, j'ai tué le général Delorge, mais à mon corps défendant, car je l'aimais, et seulement après avoir été, à plusieurs reprises, provoqué, menacé, outragé par lui... Et vous voudriez qu'après avoir eu cet immense malheur de tuer le père, je m'expose à tuer le fils!... Non! à aucun prix. Au lendemain du duel déplorable du jardin de l'Élysée, j'ai fait le serment de ne plus me battre jamais... Je le tiendrai, quoi qu'il arrive.

—C'est prudent, quand on a beaucoup à perdre, gronda Jean Cornevin.

Ah! il fallait que M. de Combelaine se fût fait aussi le serment de rester calme, car il ne broncha pas.

—Je vous ai dit mon dernier mot, messieurs, fit-il.

Mais Léon n'était pas intervenu encore:

—Je n'insisterai pas davantage, monsieur, prononça-t-il d'un ton glacé; seulement, il est de mon devoir de vous avertir des suites de votre refus...