—C'est que ce serait fort naturel, prononça-t-il, après les propos détestables qui ont circulé. Mais alors je vous répondrais que tout ce que j'ai d'influence et de crédit, je l'ai mis en branle pour retrouver votre père. Oui, tout ce qu'il est humainement possible de faire, je l'ai fait... inutilement, hélas! et il me serait aisé d'en administrer la preuve...
Léon essayait de répliquer; il l'arrêta d'un geste, et, plus vivement:
—Permettez: on m'attaque, je me défends... Combien était désastreuse la situation de la femme Cornevin, je le savais. J'étais exactement renseigné par une personne qui est la sœur de votre mère, votre tante, par conséquent, et à qui j'ai voué une amitié toute particulière, Mme Flora Misri. Mais pouvais-je venir en aide ouvertement à une infortune si digne d'intérêt? Non. C'eût été faire la part trop belle à mes ennemis. Je chargeai donc Flora de secourir sa sœur. Mme Cornevin repoussa fièrement toutes les avances. Est-ce ma faute? Et si vous doutiez de mon bon vouloir à l'égard de votre famille, je vous rappellerais que c'est grâce à mon influence que M. et Mme Cochard, votre grand-père et votre grand'mère, ont obtenu l'un une place, l'autre un bureau de tabac, qui les met à l'abri du besoin... Je vous rappellerais que j'ai fait obtenir à un des frères de votre mère une sinécure fort lucrative...
Mais Jean Cornevin n'en put supporter davantage.
Des soufflets l'eussent moins transporté de fureur que cette énumération d'une parenté dont il avait horreur.
—Oh! assez, interrompit-il d'un ton menaçant. Je vous l'ai dit, ce n'est pas pour nous que nous sommes ici... Nous vous sommes envoyés par notre meilleur ami, par notre frère, Raymond, le fils du général Delorge.
Si cuirassé d'impudence que fût M. de Combelaine, il tressaillit visiblement.
—Et... que veut-il de moi? interrogea-t-il.
—Raymond Delorge veut venger son père, monsieur, s'écria Jean. Il veut se battre avec vous!...
M. de Combelaine était beaucoup trop intelligent pour ne pas s'être attendu et préparé à quelque chose de pareil.