On ne voulait pas, on n'osait peut-être pas le congédier, mais il était clair qu'on espérait, à force de tracasseries, l'exaspérer et l'amener à donner sa démission.
Mais pourquoi? pourquoi?...
—Mon cher Cornevin, lui dit l'ingénieur en chef, qui était comme de raison un «cher camarade», vous avez dans le conseil des ennemis acharnés...
—Moi!... fit Léon abasourdi.
—Positivement. Et sans notre directeur, qui est un brave homme et qui vous soutient envers et contre tous, sans moi, qui vous défends unguibus et rostro, il y a longtemps qu'on vous eût fait une avanie...
Le sens de cette dernière phrase était trop clair pour que Léon Cornevin s'y méprît. Et cependant il voulut avoir l'avis de Me Roberjot.
—Croyez-moi, lui répondit l'avocat, ne luttez pas, vous seriez brisé... Votre ennemi est M. de Maumussy...
—Je le croyais, vous me l'aviez dit, à couteau tiré avec M. de Combelaine...
—Oui, mais la démarche de Raymond les a réunis contre l'ennemi commun... Or, comme votre compagnie sollicite une concession et a besoin de M. de Maumussy, n'hésitez pas, donnez votre démission...
Raymond pleura des larmes de rage, en apprenant cette indignité.