—Oui, des ingrats, car au lieu de vous réjouir de ces révélations inespérées, vous voilà déplorant l'absence des informations qui vous manquent encore. Oui, des ingrats, car vous ne daignez pas voir quel coin du voile se trouve soulevé par la déposition de Nantel.

Et sans attendre les objections qu'il lisait dans les yeux de Raymond et de son frère:

—Tenez, poursuivit-il vivement, résumons-nous et voyons où nous en sommes.

«Nos soupçons d'hier sont aujourd'hui des certitudes.

«Nous étions convaincus que le général Delorge a été assassiné et que le crime a eu un témoin, Laurent Cornevin, mais ce n'était qu'une conviction... Maintenant c'est un fait certain, nous en avons la preuve.

«Hier, Léon, tu pensais que notre père avait été assassiné.

«Tu sais que non aujourd'hui, et que si toutes nos recherches ont échoué, c'est qu'on lui a imposé un état civil qui n'était pas le sien; c'est que, sur tous les registres de la police, il est inscrit sous le nom de Boutin.

«Nous sommes sûrs que notre père n'est pas mort à Cayenne.

«Il nous est prouvé que, vers la fin de 1853, il a été débarqué sain et sauf au Chili, à Talcahuana, plein d'ardeur et d'espoir et certainement en possession de la lettre du général Delorge...

Pourtant le front de Léon restait sombre.