—Ma foi! je ne sais rien de cette jeune fille, répondit l'ancien artilleur, avec l'insouciance d'un homme trop occupé de soi pour s'inquiéter des autres.

M. Savinien Bizet de Chenehutte était mieux renseigné.

—Il est sûr, dit-il, que les goûts et les façons de cette demoiselle doivent surprendre. Lorsqu'elle est arrivée à Maillefert, il y a cinq ans, et qu'on a vu que son aimable mère l'abandonnait, on a eu pitié d'elle. Les dames les plus distinguées lui ont fait quelques avances. Bast! elle les a reçues du haut de sa grandeur et n'a pas même daigné rendre les visites qu'on lui faisait...

—Ce qui est l'indice d'une bien mauvaise éducation, opina gravement M. de Boursonne...

—Ils sont tous comme cela dans cette famille, continua M. Bizet. C'est chez eux un parti pris de mépriser les voisins... Savez-vous où M. Philippe va chercher des compagnons lorsqu'il est ici? A l'École de cavalerie de Saumur...

—Oh!...

—C'est comme cela. Et la duchesse de Maillefert... Vous croyez, n'est-ce pas? qu'elle invite à ses chasses les propriétaires du pays et leurs dames...

—Certes, je le crois...

—Eh bien! vous vous trompez. Demandez à mon oncle, plutôt! Nous sommes de trop petites gens pour elle. C'est de Paris ou d'Angers qu'elle fait venir ses invités. Et du reste, elle fait aussi bien. S'il n'y avait que nous pour faire de la poussière à son château, on n'aurait pas besoin de balayer souvent...

M. de Boursonne jubilait, il avait trouvé son homme.